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Océane Doucet


Les Inséparables

Tous les dimanches matins, vers les 8 heures, Jeannine regarde son téléroman favori. Ayant soif, elle se lève pour aller se faire une tasse de thé (elle avait arrêté de boire du café, il était trop dur sur l’estomac), et en allant chercher du lait dans le réfrigérateur, elle remarque le contenant vide sur la tablette du haut. Elle dit en soupirant : « Laurie, pour la centième fois ne laisse pas les contenants vides dans le frigo! ». Jeannine aimait bien Laurie, elle la connaissait depuis l’université, donc elle n’était plus surprise par sa mauvaise habitude de tout laisser trainer, mais cela ne l’irritait pas moins.



Au magasin, Laurie était une vraie pie; elle commentait sur tous les articles qui entraient dans le panier. Jeannine répétait incessamment : « Nous ne sommes pas riches, ma chère, arrête tes manières frivoles, il nous doit d’être raisonnable. ». Le caissier lui demandait toujours comment elle allait, et elle disait toujours qu’elle n’allait pas mal du tout. Les gens la regardaient d’un œil étrange dans les allées; ils ne devaient pas aimer les cheveux dépeignés de Laurie, si seulement elle comprenait l’utilité d’un peigne!



La fille de Jeannine appelait toujours au moins une fois par semaine. Elle était toujours inquiète, la pauvre, si elle pouvait seulement comprendre que sa mère allait bien! Elle disait toujours :

- As-tu fait ton lavage cette semaine? Est-ce que le docteur est venu te visiter dernièrement?

-Oui oui Emma, et dire que c’est toi qui essayes de me faire la leçon! Tes études vont bien? Ah, est-ce que je t’ai dit ce que Laurie a fait l’autre soir?

-Non, mais…

-Elle avait faim très tard le soir, et elle est marchée jusqu’au dépanneur au coin de la rue…

-Dans la neige?

-Oui! Et elle a ramassé deux sacs de croustilles qui étaient en spécial et est marchée vers la maison dans la tempête!

-Maman, ça n’a pas de bon sens!

- Ben, tu sais comment elle est, cette Laurie.

-Ouais… Laurie…

Et la conversation dura quelques minutes tout au plus, à parler des choses banales de la vie dont il nous faut parler, comme les politiques et la météo. Par contre, lorsque Jeannine raccrocha le téléphone, elle remarqua de la fumée dans l’appartement. Des flammes émanaient du four et une épaisse fumée se propageait dans la cuisine. « LAURIE! Combien de fois dois-je te dire de fermer le… ».



Une grande lumière réveilla madame Jeannine. « Restez calme madame Tremblay, tout va bien vous êtes en sécurité maintenant. Vous avez dû oublier des biscuits dans le four qui ont brûlé, vous avez perdu connaissance à cause de la fumée. ». Déconcertée, Jeannine cherchait un regard familier, comme celui de Laurie. Elle rencontra au lieu les yeux remplis d’exaspération de sa fille. « Maman! Tu m’as fait une de ces peurs! Je t’avais dit qu’il serait mieux de vivre dans un foyer, quelque part de sécuritaire, tu sais. »

Mais madame Tremblay, elle, n’écoutait pas les remarques de sa fille. Elle lançait son regard à gauche et à droite. Semblant avoir trouvé ce qu’elle cherchait (ou qui elle cherchait), elle s’exclama d’un ton irrité : « Ah, Laurie, te voilà! A tu vu tout ce que tu as fait! Tout le monde est inquiet tout le temps, et ils poseront encore plus de questions maintenant! Comment va la santé? Vous semblez pâle, avez-vous pris vos vitamines? Vous devriez aller voir le médecin plus souvent madame, je ne veux que le mieux pour vous. Si vous voulez de mon mieux, laissez-moi donc tranquille avec vos question! Oui, je vais bien, je me porte à merveille, je vais extraordinairement incroyablement et magnifiquement bien! Ce n’est que mon amie Laurie qui fait sa difficile de temps en temps.»

La salle cessa son bourdonnement pour un instant. Tous les regards étaient posés sur Jeannine et sa soi-disant Laurie. Personne n’osait dire rien, à cette pauvre dame, jusqu’à ce que sa fille se senti obligée d’intervenir.

- Maman, écoute-moi, ça à assez durer. Laurie ne vide pas tes contenants de lait, ne bavarde pas à l’épicerie avec toi, et encore moins cuit des biscuits. Maman, Laurie a habitée avec toi, il y a de cela longtemps, mais plus maintenant. Maman, Laurie est morte deux ans passés.

Jeannine fixa le vide pour un moment, les yeux mouillés, avant de dire: « Tu ne comprends pas, Emma, et tu ne me comprendras jamais. »