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Sophie Boudreau

Je rêve encore

On essaye, sans relâche,
De m’arracher de mon monde,
Qui me sert de confort,
Une couverture, un rayon de soleil,
La chaleur d’une cheminée,
Qui me protègent à tous les coups,
Du vent froid des tempêtes de la vie.
Et dans la course infernale du quotidien,
Je rêve encore.

Mais la tête dans les nuages et à bout de souffle,
J’ai trébuché.
Je tombe, il n’y a plus d’issue.
Des mains me sont tendues par pitié,
Les unes glissantes et les autres hors d’atteinte.
Le pire, c’est que la chute est sans fin.
Les réussites, je les ai depuis longtemps perdues de vue,
Mon rêve, oublié.

Je ferme les yeux,
Car rien ne sert de lutter contre la gravité.
Pour l’éclair d’un instant, il revient,
Non pas le bonheur mais son souvenir,
L’ombre d’un sourire sur mon visage,
Le poids de ma dépouille allégée,
Ne serait-ce que pour un instant,
J’ose ouvrir les yeux,
Mon cœur reprend timidement son battement,
Ne serait-ce que pour un instant.

La lueur d’un espoir fragile,
C’est tout juste à présent que je scrute mon tombeau.
J’y retrouve un confort,
Un confort obscur, inhumain,
Tremblant et corrompu.
Je ne peux y rester.

C’est là que je l’aperçois,
L’aide que j’ai sans cesse négligée,
La main tendue non par pitié
Mais par amour,
Qui a toujours été là,
Dissimulée dans mon ingratitude,
La main de mes proches,
Qui auraient sauté me rejoindre
En croyant venir à mon aide.

Le cœur à découvert je la saisis.
Elle me relève avec la douceur d’un amant
Et le soin d’une mère.
Elle m’enveloppe de ses bras chaleureux,
Et me murmure à l’oreille :
« Rêve encore. »